n. 53 (2019)

Esthétique et vérité, réalité et fiction en science(s) et en littérature

Interroger les composants et/ou procédés susceptibles d’être tenus pour « littéraires » des œuvres, des idées et des théories scientifiques.
Y a-t-il une poétique du discours scientifique ? Si c’est le cas, quel(s) lien(s) la rattache(nt) à la poétique tout court, à ce qui, en assumant les risques inhérents à toute généralisation, pourrait être nommé « littérature » ? Si tant en littérature qu’en science(s) règnent des critères esthétiques, si tant une rime qu’une démonstration mathématique peuvent être considérées comme « élégantes », quel(s) facteur(s) détermine(nt) le caractère « scientifique » ou « littéraire » d’un texte, d’une idée, d’une théorie ? Quel rapport existe entre les discours scientifique et littéraire et les notions de vérité ou de fiction, ou entre tout cela et les (délicates) exigences de l’esthétique ? Y a-t-il, comme on l’a parfois prétendu, une simple hiérarchisation distinctive des variables (primat de l’esthétique en littérature, primat de l’argumentation et du discours rationnel en sciences), ou existent-ils des liens d’exclusivité entre certains types de discours et certains critères fédérateurs – entre discours « scientifique » et « ver(ac)ité », par exemple, ou entre discours « littéraire » et « esthétique » ou « fiction » ?
S’il n’y a pas, comme on le soupçonne, de manière commode ni univoque de répondre à ces questions, s’il n’y a pas, comme nous assumons hypothétiquement et programmatiquement, de lien d’exclusivité entre le discours scientifique et les manières sous lesquelles peuvent apparaître la réalité ou la vérité, ni entre la littérature et les différentes formes qu’on peut donner aux notions de fiction ou esthétique, que nous empêchera d’aborder une théorie ou une œuvre scientifique comme s’il s’agissait d’un objet littéraire ? Ou, si l’on préfère : que résultera de l’exercice de penser (lire, interroger, juger, critiquer) une théorie scientifique, n’importe quelle théorie scientifique, comme une « simple » œuvre littéraire ?
Roland Barthes lisait ses historiens pour “le plaisir” qui résultait de cette lecture; Jorge Panesi lisait les séminaires de Lacan comme s’il s’agissait de la poésie; Jorge Luis Borges abordait de la même manière la philosophie et la métaphasique, et Ivan Jablonka considère de nous jours que l’histoire en tant que science est une bifurcation (entre autres) de la littérature contemporaine.
Ce numéro de Fragmentum est une invitation à interroger les conséquences d’une généralisation de ce geste et à penser les dérivations, les conditions de possibilité et l’intérêt (intellectuel, théorique, scientifique, littéraire) de concevoir/aborder une théorie ou une idée théorique (l’inconscient freudien, la langue saussurienne, la notion de masse chez Durkheim, le principe de l’incertitude de Heisenberg) ou un conglomérat d’œuvres théoriques (la psychanalyse, la linguistique, la sociologie, la physique) comme s’il s’agissait de « simples » littératures.
palavras-chaves : science(s), littérature, vérité, fiction, esthétique, réalité.

Sumário

Expediente
 
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1-6

APRESENTAÇÃO

Présentation
Giuseppe D'OTTAVI, Estanislao SOFIA
9-13

Artigos

Lorena Garcia CELY
17-25
Marc DEBONO, Sylvie DARDAILLON
27-39
Ana Paula EL-JAICK
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41-57
Moustapha FAYE
59-72
David PAIGNEAU
73-89
Mariagrazia PORTERA
91-105
Laísa Fernandes TOSSIN
PDF
107-127

Resenha

D’OTTAVI, G.; FENOGLIO, I. (Orgs.) Émile Benveniste, 50 ans après Les Problèmes de Linguistique Générale. Paris: Éditions Rue d’Ulm, 2019. 288 p.
Verli PETRI
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131-132

Resumo de Tese

FILOLOGIA, GRAMÁTICA HISTÓRICA, HISTÓRIA DA LÍNGUA: CONSTRUÇÕES DISCIPLINARES E SABERES ENSINADOS (1867-1923), DE MURIEL JORGE
Caroline Mallmann SCHNEIDERS
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135-137